Mortalité des batraciens sur les routes : quelles espèces concernées ?

Chaque année, la circulation routière provoque une importante mortalité au sein des populations de batraciens, en particulier lors de leur migration pré-nuptiales (février/mars). Les bases de données naturalistes « Faune Bretagne » et « Faune Loire Atlantique » permettent aux naturalistes de transmettre leurs observations de batraciens – entre autres – et de signaler les cas de mortalité. Nous faisons ici une synthèse des observations réalisées au cours des 5 dernières années (octobre 2010 à octobre 2015) afin de voir quelles espèces sont les plus touchées par ce phénomène.

Méthodologie

Nous avons comptabilisé le nombre de données signalant un animal mort par « collision avec un moyen de transport », pour chaque département de la Bretagne historique (22, 29, 35, 44, 56). Nous comparons ces données au nombre total de données transmises (individus vivants ou morts), espèce par espèce. Ainsi, nous cherchons à voir quelles sont les espèces sur-représentées et sous-représentées parmi les victimes de la circulation.

La Salamandre tachetée et le Crapaud commun, largement en tête

Sur 219 données signalant une mortalité routière, 106, soit près de 50 %, sont relatives au Crapaud commun ou épineux. Cette espèce, particulièrement lente et qui entreprend de longs déplacements, est donc particulièrement touchée en Bretagne. Juste derrière, avec 79 cas de mortalité recensés, vient la Salamandre tachetée. Sur l’ensemble des cinq départements, près de 10 % des données de Salamandre collectées se rapportent à des individus écrasés sur une route ou un chemin ! Dans le Morbihan, ce taux dépasse même 14 %. Au total, le Crapaud commun et la Salamandre tachetée représentent 30 % des données de batraciens mais 84 % des données de mortalité routières. Dans le Morbihan et les Côtes d’Armor, ce sont même les seules espèces à être trouvées écrasées sur les routes. Qu’en est-il des autres espèces ?

graph_mortalite_batraciens_2010-2015

Ci-dessus : répartition selon les espèces des cas de mortalité routière recensés entre octobre 2010 et octobre 2015 sur les cinq départements de la Bretagne historique (source : faune-bretagne et faune-loire-atlantique)

Les Grenouilles épargnées ?

Grenouille agile – E. Barussaud

Les tritons sont eux aussi victimes de collisions, mais dans des proportions qui semblent bien plus faibles. Les quatre espèces (Tritons palmé, marbré, crêté et alpestre) confondues totalisent 17 cas de mortalité sur 219 – soit 8 % – alors qu’ils représentent 1248 des 7455 données de batraciens collectées, soit 17 %. Quant aux Grenouilles vertes, agiles et rousses, elles semblent quasiment absentes : ces trois espèces représentent seulement 13 % de la mortalité routière mais 40 % des données de batraciens. Le plus surprenant est sans doute le cas de la Grenouille « verte ». Sous ce nom sont en fait regroupés deux espèces, la Grenouille de Lessona et la Grenouille rieuse, ainsi que leur hybride. Ces deux derniers taxons sont assez peu exigeants quant à la qualité des zones humides qu’ils fréquentent et on peut par conséquent les retrouver dans des zones urbanisées et à proximité des routes. Malgré cela, sur les 1463 données relatives aux « Grenouilles vertes », seules 4 concernent des individus écrasés (0,27 %). Cela peut s’expliquer par une meilleure capacité à franchir les routes, en réalisant des bonds de 1 à 2 mètres. A l’inverse, Crapauds et Salamandre avancent beaucoup plus lentement.

Enfin, notons que les espèces plus rares et plus localisées comme le Pélodyte ponctué, l’Alyte accoucheur, le Crapaud calamite ne sont pas (ou quasiment pas) mentionnées parmi les victimes de collisions routières. Cela traduit davantage la moindre abondance de ces espèces qu’une moindre sensibilité au trafic automobile. Compte-tenu de leurs effectifs plus faibles, une mortalité routière, même limitée, peut avoir des conséquences localement sur la survie des populations.

Photo à la une : Grenouille agile / Laurent Lebois

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