Inventaires naturalistes : faut-il toujours couvrir « un cycle annuel complet » ?

« Les prospections naturalistes doivent couvrir un cycle annuel complet » . La formule est devenue habituelle. Au point de faire oublier que la loi demande avant tout que le contenu de l’étude d’impact soit proportionné au projet. Explications.

Le décret n° 2011-2019 du 29 décembre 2011 portant réforme des études d’impact et modifiant l’article R. 122-5 du Code de l’environnement, indique dans son premier article que :

« Le contenu de l’étude d’impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d’être affectée par le projet, à l’importance et la nature des travaux, ouvrages et aménagements projetés et à leurs incidences prévisibles sur l’environnement ou la santé humaine ».

Avant de se précipiter pour demander (ou proposer) des prospections naturalistes sur un cycle annuel complet, (ou un cycle biologique complet, ce qui revient au même), il faut prendre en compte les éléments qui doivent déterminer le contenu de l’étude d’impact.

Quelle(s) saison(s) pour déterminer au mieux la sensibilité environnementale ?

La prospection des mares au mois de mars permet souvent d’observer des pontes de batraciens (Grenouille agile, Crapaud commun…)

Tous les naturalistes le savent : il y a des saisons meilleures que d’autres pour l’observation de la nature. D’abord parce que certaines espèces ne sont pas visibles toute l’année, comme les oiseaux migrateurs, les insectes et la majorité des plantes. Ensuite, parce que, même présentes, certaines espèces animales sont peu actives en-dehors de la période de reproduction. La fin de l’hiver et le printemps sont une période particulièrement propice pour détecter et identifier la faune : les oiseaux se mettent à chanter, les batraciens s’accouplent et pondent, les reptiles, après une période de léthargie, s’exposent à nouveau au soleil, les plantes croissent à nouveau, etc.

Cette période est le bon moment non seulement pour détecter les animaux, mais aussi pour déterminer si ils se reproduisent sur un site donné. En effet, un site est d’autant plus important pour une espèce qu’il constitue un habitat favorable à la reproduction.

Par exemple, la présence d’une espèce d’oiseau sur un site n’a pas la même signification si cet oiseau est nicheur ou si il n’est que de passage. Prenons le cas du Pipit farlouse :

  • observé au mois de novembre au bord d’un champ, il ne constitue pas un enjeu particulier ; en effet, des milliers de Pipits farlouses originaires d’Europe du nord passent la « mauvaise saison » dans notre pays ; ces oiseaux fréquentent alors toutes sortes de milieux,
  • à l’inverse, un mâle chanteur observé en mai dans une prairie humide est l’indice d’une nidification possible, qui demande une attention particulière. Si la nidification est avérée, alors l’enjeu est fort car cette espèce est considérée comme un nicheur « vulnérable » en France (liste rouge 2016), de surcroît protégé.

C’est donc généralement les prospections en période de reproduction qui font émerger les enjeux les plus élevés.

 

Des prospections en plein hiver ? Oui, dans certains cas…

Dans certains cas toutefois, des prospections doivent être envisagées en période « inter-nuptiale », c’est à dire hors période de reproduction.

Par exemple, si le site constitue potentiellement une zone d’hivernage importante pour des oiseaux, notamment des oiseaux figurant sur la liste rouge des hivernants comme la Spatule blanche, l’Oie des moissons, le Grèbe esclavon (espèces « vulnérables »), le Fuligule morillon ou la Barge à queue noire (espèces « quasi-menacées »). En-dehors des oiseaux d’eau, très peu d’espèces d’oiseaux sont considérées comme des hivernants menacés.

Fuligule morillon

Le Fuligule morillon, un hivernant « quasi-menacé » d’après la dernière liste rouge nationale (2016)

Un autre cas nécessitant des prospections toute l’année est celui des parcs éoliens, cette fois-ci en raison de la nature de l’aménagement. Toute l’année des oiseaux sont susceptibles de survoler le site et donc, potentiellement, d’entrer en collision avec les pales. Il faut donc réaliser des sessions d’observations des oiseaux en vol haut (>30 m) régulièrement, de manière à couvrir toutes les périodes de l’année : migration prénuptiale, nidification, migration post-nuptiale et hivernage. Dans ce cas, il est bien nécessaire de couvrir un cycle annuel complet.

Proposition d’un calendrier des prospections

En nous basant sur notre expérience du terrain et sur les documents disponibles (notamment le Guide des études d’impacts des parcs éoliens terrestres, 2016), nous proposons ci-dessous un calendrier des périodes de prospection de terrain, en fonction du potentiel du site et de la nature des aménagements. Ce calendrier est surtout adapté à la région dans laquelle nous travaillons (Bretagne et Pays de la Loire), des ajustements sont nécessaires si l’on considère des régions très différentes comme les régions de montagnes ou le milieu méditerranéen.

calendrier prospections naturalistes

Calendrier des prospections naturalistes, en fonction du potentiel du site et du type de projet – Barussaud Expertise Territoriale, 2018

 

En conclusion, dans beaucoup de cas, les enjeux relatifs à la faune et la flore peuvent être mis en évidence par 3 ou 4 sorties de terrain réalisées entre mars et juin. Une bonne analyse en amont de la nature du projet et du potentiel du site permettent d’ajuster le nombre et la période des prospections.

 

Photos : Fuligule morillon : Charles Sharp / autres : Émilien Barussaud

 

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