Éviter, réduire, compenser les impacts pour le Campagnol amphibie

Le Campagnol amphibie, espèce protégée au niveau national, semble avoir régressé durant le XXème siècle. Quelles sont les causes de ce déclin ? Comment prendre en compte cette espèce dans les projets d’aménagement ?

1. Présentation de l’espèce

Un rongeur des zones humides

Le Campagnol amphibie est un rongeur lié aux milieux aquatiques et aux zones humides. Dans l’ouest de la France, on le trouve typiquement au bord des étangs, grandes mares, rivières, ruisseaux et fossés, ainsi que dans les tourbières, prairies humides et roselières littorales.

indice

Des crottes verdâtres de 8 mm de long sont le principal indice de présence de l’espèce

Sa présence est conditionnée par une végétation basse dense, constituée typiquement de joncs, roseaux, baldingères, œnanthes et graminées. Ces végétaux constituent l’essentiel de son alimentation. Ils permettent aussi au Campagnol aquatique de se protéger des prédateurs aériens comme le Busard des roseaux ou l’Effraie des clochers. Le long des cours d’eau, son domaine vital est de l’ordre de la centaine de mètres.

 

Activité et fécondité du Campagnol amphibie

Le Campagnol amphibie est à la fois diurne et nocturne. Il est actif toute l’année. Il nage et plonge aisément. Il creuse son terrier dans les berges ; celui-ci comporte une entrée immergée et une autre au-dessus de l’eau. La reproduction a lieu de mars à octobre, avec un maximum de cinq portées dans l’année. Chaque portée compte 2 à 7 jeunes. Ces derniers sont indépendants dès l’âge de 2 ou 3 semaines. Combinée à sa forte capacité de déplacement, cette fécondité permet aux populations de coloniser des milieux favorables, même isolés.

Déclin du Campagnol amphibie

Autrefois réputé commun en France, le Campagnol amphibie semble avoir régressé durant le XXème siècle. Toutefois, les données historiques sont rares et il est impossible de retracer avec précision l’évolution des populations. La principale cause du déclin de l’espèce est la dégradation et la disparition des zones humides. L’introduction en France du Rat musqué et du Ragondin, qui occupent les mêmes milieux, a vraisemblablement aussi eu un impact négatif sur l’espèce. Les campagnes de lutte par empoisonnement contre ces rongeurs introduits ont également touché le Campagnol amphibie.

Depuis 2012, l’espèce est protégée à l’échelle nationale. Elle est considérée comme « quasi-menacée » en France et « vulnérable » au niveau mondial par l’UICN.

2. Aménagements pouvant impacter le Campagnol amphibie

Le Campagnol amphibie ayant une stratégie démographique de type r, il est davantage sensible à la destruction de ses habitats et des continuités écologiques (impact indirect) qu’à une mortalité occasionnelle, provoquée par exemple par une route (impact direct). Quasiment tous les aménagements touchant des zones humides peuvent impacter indirectement cette espèce : canalisation d’un cours d’eau, comblement d’une mare, drainage, etc.

3. Mesures pour éviter et réduire les impacts

 

Minimiser la surface d’habitats impactés

On cherchera donc à minimiser la surface d’habitats favorables impactés. Pour cela, une cartographie des indices de présence et des milieux favorables doit être réalisée.

Maintenir la continuité écologique

Mare bordée de joncs : un habitat favorable à l’espèce (Loire-Atlantique)

On cherchera ensuite à maintenir la continuité écologique des milieux favorables pour que la capacité de dispersion du Campagnol amphibie – qui, avec la fécondité, doit assurer la survie des populations – ne soit pas compromise. Des passages pour la petite faune, mis en place avec la transparence hydraulique, permettront le déplacement des individus d’une zone humide à l’autre.

 

Éviter la période de reproduction

L’espèce étant protégée, il faudra également veiller à ce que les travaux en zone humide n’occasionnent pas la destruction directe d’individus. La première mesure à prendre est d’éviter la période de reproduction (mars à octobre), durant laquelle les jeunes naissent. En-dehors de cette période, les individus, adultes, sont mobiles.

Se pose alors la question suivante : faut-il piéger les individus restant pour leur éviter d’être directement impactés par les travaux ? Une opération de capture nous paraît peu appropriée, notamment en raison de la forte mobilité de l’espèce. Il est difficile de garantir que tous les individus fréquentant la zone impactée ont été capturés et surtout que des individus ne viendront pas recoloniser le milieu entre l’opération de capture et le début des travaux. De plus, comme le note la SFEPM « la capture est une opération lourde et délicate, comprenant toujours un risque de mortalité pour les animaux visés et/ou pour ceux pouvant être capturés accidentellement » (Rigaux, coord. 2015). Ajoutons que l’on ne mesure pas non plus l’impact que peuvent avoir les individus relâchés sur les populations déjà en place là où on les relâche.

Favoriser le déplacement naturel des individus

Il nous paraît plus réaliste et plus raisonnable de privilégier un déplacement naturel des individus hors des zones impactées si ces dernières sont d’une superficie limitée. Pour cela, on fauchera à ras la végétation dans la future zone de travaux. La présence du Campagnol amphibie étant conditionnée par la présence d’une végétation herbacée dense (voir ci-dessus « Présentation de l’espèce »), les individus devraient naturellement déserter une zone qui ne leur offre plus ni abri ni nourriture. L’opération sera réalisée après la période de reproduction, en novembre par exemple. On s’assurera que le Campagnol amphibie a bien déserté le site en recherchant régulièrement des indices de sa présence pendant les semaines qui suivent la fauche. On disposera alors encore de plusieurs mois pour réaliser les travaux avant la repousse de la végétation et la période de reproduction suivante (mars).

 

4. Mesures pour compenser les impacts

Le Campagnol amphibie fréquente une assez grande diversité de milieux humides (voir ci-dessus « Présentation de l’espèce »), aussi la restauration de zones humides, qu’il s’agisse de ruisseaux, de mares ou encore de prairies humides, est-elle favorable. Si l’on souhaite créer un plan d’eau favorable à l’espèce, il importe que ce dernier soit suffisamment creusé afin qu’il y ait de l’eau durant la majeure partie de l’année et que le Campagnol puisse creuser ses galeries dans les berges. On devra aussi laisser se développer une végétation relativement dense sur ses abords. Si l’on souhaite également favoriser la présence d’autres espèces, on pourra créer un plan d’eau avec un bord assez abrupte et profond à végétation dense (joncs, œnanthes, etc.) d’un côté et, de l’autre, un bord en pente douce, à végétation basse et ensoleillé, favorable notamment aux batraciens.

Il importe également de favoriser les continuités au sein du réseau des sites favorables au Campagnol amphibie, ce qui correspond de manière plus générale à maintenir ou restaurer la continuité de la trame verte et bleue à l’échelle locale.

Une autre piste pourrait être explorée : celle de la concurrence avec le Ragondin et le Rat musqué, deux espèces introduites et aujourd’hui très abondantes. Leur éradication permettrait-elle localement au Campagnol amphibie d’accroître ses effectifs ? Reste qu’éradiquer les deux premiers semble aujourd’hui particulièrement compliqué, qui plus est sans impacter le troisième…

 

Références bibliographiques :

Groupe Mammalogique Breton, 2015. Atlas des mammifères de Bretagne. Locus Solus, 303 p.

RIGAUX P. (coord.) 2015. Les campagnols aquatiques en France-Histoire, écologie, bilan de l’enquête 2009-2014. Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères, 164p.

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