Enquête sur les espèces d’oiseaux disparues

Le site de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) recense 159 espèces d’oiseaux éteintes. Nous avons cherché à savoir où vivaient ces espèces et à quelles dates elles ont disparu.

Quasiment toutes les espèces disparues étaient insulaires

Étourneau de Bourbon (Fregilupus varius), espèce endémique de l’île de la Réunion, disparue au XIXème siècle

Premier constat : parmi les 159 espèces d’oiseaux disparues, une écrasante majorité étaient des espèces insulaires. A elles seules, les îles Hawaï comptent 26 espèces disparues, soit 16 % du total. Si l’on ajoute l’île Maurice et ses 21 espèces disparues, on atteint près de 30 % du total. Proportionnellement, les grandes îles comme l’Australie (7 espèces) ou Madagascar (2 espèces) comptent beaucoup moins de disparitions. Enfin, la disparition d’espèces « continentales » à large répartition, comme le Pigeon migrateur (Amérique du Nord) ou le Grand Pingouin (pourtour de l’Atlantique nord) sont des eceptions. Notons au passage que le Grand Pingouin (Alca impennis) et l’Huîtrier des Canaries (Haematopus meadewaldoi), sont les deux seules espèces européennes actuellement considérées comme éteintes.

Nombre d’espèces d’oiseaux éteintes dans quelques entités géographiques

Les espèces disparues étaient en grande majorité des espèces vivant sur de petites îles de climat chaud et liées aux forêts et aux zones humides.

Le vingtième siècle, pire que les précédents ?

Nous avons trouvé, à quelques années ou décennies près, la date de disparition de 120 espèces parmi les 159 listées par l’UICN. Ainsi, nous avons pu comparer le nombre d’espèces disparues siècle par siècle depuis 500 ans. Nous remarquons tout d’abord que les extinctions ne sont pas un phénomène récent puisque les seizième, dix-septième et dix-huitième siècles représentent 35 % de notre échantillon. Le vingtième siècle et le dix-neuvième arrivent en tête avec respectivement 39 et 38 espèces éteintes.

Répartition des disparitions d’espèces d’oiseaux par siècle

Beaucoup de disparitions intervenues au seizième et dix-septième siècles sont probablement passées inaperçues. Rappelons que le premier tour du monde a été réalisé par Magellan et son équipage entre 1519 et 1522. Ce n’est qu’au dix-huitième siècle que la faune et la flore commencent à être sérieusement étudiées lors des voyages d’exploration (James Cook, La Pérouse, Humboldt…).

Beaucoup de disparitions coïncident avec la découverte d’une île. Par exemple, le Pétrel d’Olson (Bulweria bifax), le Râle de Sainte-Hélène (Aphanocrex podarces), la Huppe de Sainte-Hélène (Upupa antaios) et la Maroutte de Saint-Hélène (Zapornia astrictocarpus) ont disparu peu de temps après la découverte de cette petite île volcanique par le navigateur galicien Joao da Nova en 1502. Si l’Homme ne provoque pas nécessairement la disparition des espèces insulaires de manière directe (chasse et dérangement), c’est l’introduction des rats, des chats ou d’autres prédateurs qui s’avère fatale aux espèces des petites îles.

Conclusion

Cette rapide enquête permet de mieux cerner le phénomène de la disparition des espèces. Le profil type de l’espèce disparue est une espèce vivant sur une petite île (comme Hawaï, l’île Maurice ou la Réunion) et dont l’écosystème est brutalement modifié par l’arrivée de l’Homme et l’introduction des espèces commensales. Le risque de disparition d’espèces continentales à plus large répartition paraît faible. En effet, ces dernières ont jusqu’ici « résisté » aux considérables changements qui ont affecté les paysages européens au cours des cinq derniers siècles, même si leurs populations ont localement diminué.

Dans l’avenir, une attention particulière devra être portée aux espèces insulaires, que ce soit à l’échelle globale ou à l’échelle nationale. En France par exemple, on connaît la fragilité des populations de sternes nichant sur les îlots de la côte atlantique.


sources des données :

liste rouge de l’UICN (pour chaque espèce, les informations détaillées, dont la date de disparition, sont à rechercher en bas de page, dans la rubrique « Text summary »)

Un autre site donnant des informations sur la disparition des espèces

Image d’en tête : le Grand Pingouin par John Gould

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