Comment rechercher les amphibiens en phase terrestre

Phase aquatique et phase terrestre

Les amphibiens possèdent un cycle biologique composé schématiquement de deux phases : une phase aquatique et une phase terrestre. La phase aquatique est liée à la reproduction : à la fin de l’hiver et au printemps, les adultes se rendent dans les marais, les mares ou autres plans d’eau pour s’accoupler. Les œufs, déposés dans la végétation aquatique, éclosent. Les larves (appelées « têtards » chez les grenouilles et crapauds), se développent uniquement dans l’eau. Elles sont adaptées à ce mode de vie : leurs branchies leur permettent d’y respirer et leur longue queue leur sert à nager.

En grandissant, les larves se transforment, leur mode de respiration change et elles deviennent petit à petit aptes à la vie terrestre. Ce changement de mode de vie relativement rapide (2 à 4 mois) leur permet notamment d’échapper à l’assèchement estival des mares et de gagner d’autres territoires. Ce n’est qu’au bout de 2 à 3 ans, lorsqu’ils auront atteint leur maturité sexuelle, que ces individus gagneront à leur tour le milieu aquatique pour s’y reproduire.

Entre temps, durant cette longue phase terrestre, où passent donc les amphibiens ? Comme nous l’avons montré dans cet article, les amphibiens ne sont quasiment plus observés en plein été. En cause : la chaleur et la sécheresse. La peau des amphibiens devant toujours demeurer humide, une exposition prolongée au soleil en plein été leur serait fatale. Lors des gelées hivernales, les amphibiens restent également cachés.

La prospection des amphibiens en phase terrestre : pourquoi et comment ?

Venons en au cœur du sujet : comment rechercher les amphibiens lors de cette phase terrestre ? Dans le cadre d’un atlas de répartition à l’échelle régionale, on pourrait tout à fait éluder la question et se contenter de prospecter les sites de reproduction favorables, principalement les mares. C’est sans doute la méthode la plus efficace.

En revanche, dans le cadre d’une étude d’impacts ou d’une demande de dérogation « espèces protégées » – quasiment toutes les espèces d’amphibiens sont protégées – il est important d’essayer de connaître au mieux les habitats terrestres de ces animaux. Nous disons « au mieux » car cette connaissance ne peut pas être exhaustive, pour les raisons que nous allons voir.

La première de ces raisons est la grande discrétion des individus et leur mode de vie majoritairement nocturne. Pour suivre un amphibien « à la trace » il faut le capturer, fixer sur lui un émetteur et ensuite suivre ses déplacements selon un protocole de télémétrie. Cette opération nécessite beaucoup de temps et de personnel et elle n’est pas sans risque pour les amphibiens. De surcroît, elle n’est réalisable que sur des adultes, les juvéniles étant trop petits et trop fragiles. Une telle opération, comme ici en Moselle, reste un évènement exceptionnel. Un bureau d’études ne peut pas l’envisager sur chaque site qu’il étudie.

Quelles sont donc les alternatives ? Tout d’abord, notons que certains amphibiens peuvent parcourir des centaines de mètres entre leur habitat aquatique et leur habitat terrestre. La recherche d’individus en phase terrestre ne se limite donc pas aux environs immédiats des mares où ils se reproduisent. L’étude mosellane citée plus haut montre que les habitats terrestres du Crapaud vert (Bufotes viridis) se trouvent « dans un premier rayon, d’abord de 150-200 m puis un second d’environ 1 km autour de ces sites aquatiques favorables« . La superficie à prospecter est donc a priori grande. Toutefois, connaître les facteurs qui déterminent le choix d’un habitat terrestre par les amphibiens permet d’optimiser les recherches.

Un sol meuble et de l’humidité

Gardons à l’esprit que les amphibiens en phase terrestre fuient la sécheresse et apprécient l’humidité. Ajoutons qu’ils ont besoin d’un sol suffisamment meuble pour se cacher. Le premier endroit favorable pour les chercher est donc le milieu forestier : le feuillage atténue à la fois le froid hivernal et le rayonnement solaire estival ; le sol forestier, riche en humus, souvent profond, ne durcit pas au soleil comme le sol nu des champs. Il ne connaît pas non plus le gel.

Une technique intéressante peut donc être de rechercher les amphibiens en phase terrestre dans les vallons boisés, sous les souches ou les branches en décomposition. La présence d’un tas de bûches peut être une aubaine. Il importe de ne pas déranger l’animal et de remettre l’abri en place aussitôt l’observation réalisée.

Une autre méthode consiste à prospecter de nuit dans les chemins creux ou sur les chemins forestiers. Bien que les amphibiens se déplacent souvent dans les prairies, leur détection nocturne au milieu de la végétation est pour le moins hasardeuse. La présence d’un chemin en terre vous permet d’améliorer la probabilité de détection.

Enfin, la troisième méthode, moins réjouissante, consiste à inspecter en journée les bords de route. Cela est bien connu : les amphibiens font partie des principales victimes du trafic automobile (voir cet article). La recherche d’une présence terrestre par ce moyen n’est donc pas à négliger.

Les limites de la méthode

La recherche des habitats utilisés par les amphibiens en phase terrestre sans suivi télémétrique reste un exercice compliqué. Notons que certains amphibiens peuvent hiberner dans la vase d’une mare ou d’un étang. Difficile de vérifier leur localisation dans ce cas ! D’autres se cachent dans des terriers de rongeurs et beaucoup profitent des cachettes qu’offrent les jardins privés (tas de bois, cabanes sombres, regards de canalisation, etc.)

Il ne faut donc pas s’empresser de conclure à une absence totale d’individus après une ou deux prospections négatives. Un vallon boisé, sombre, avec beaucoup de bois mort, à quelques dizaines de mètres d’une mare, doit être considéré comme a priori favorable. En revanche, un plateau sec, couvert de champs de blés, l’est a priori beaucoup moins.

On utilisera donc une ou plusieurs des trois méthodes présentées (sous-bois forestier, prospection nocturne et recherche en bord de route) avec une pression de prospection d’autant plus élevée que le site paraît a priori favorable.

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