Plaques à reptiles : une association naturaliste donne raison à B.E.T

En avril 2018, nous avions publié sur ce blog un article posant la question de l’efficacité des plaques pour les inventaires de reptiles réalisés dans le cadre de travail d’un bureau d’études. Nous avions en effet constaté que cette technique était d’une efficacité limitée tandis que la recherche à vue donnait souvent de meilleurs résultats. Ce point de vue était alors plutôt minoritaire, du moins les naturalistes ayant fait le même constat que nous restaient discrets sur la question.

En 2023, l’association SYLATR a publié, sous la plume de Gilles POTTIER, un article très détaillé qui s’intitule « Les plaques à reptiles : une méthode à côté de la plaque«  dans la revue Plume de naturalistes. Cet article fait le même constat que le nôtre mais avec un développement beaucoup plus poussé et des exemples plus nombreux. Selon l’auteur, l’efficacité de la méthode des plaques à reptiles a tendance à être surestimée, tandis que la prospection « à vue » est dépréciée. En cause : la plus grande simplicité et « l’aura de technicité » de la première, mais aussi les efforts que nécessite la seconde. L’auteur indique que la recherche à vue demande de l’expérience : savoir quand et où chercher, savoir se déplacer, connaître les conditions météo les plus favorables, etc. Mais, une fois cette expérience acquise, elle permet de prospecter des surfaces plus importantes que l’échantillonnage par plaques.

L’auteur ajoute, exemples à l’appui, qu’il faut réaliser un nombre considérable de relevés de plaques pour espérer observer un seul animal, le taux de relevés sans observation étant de plus de 90 %. A l’inverse, l’auteur lui-même a pu, sur un site de 4,5 ha, inventorier 7 espèces en une seule saison (février à juin) sans poser la moindre plaque, en réalisant une douzaine de séances de recherche à vue.

Nous ne pouvons que féliciter l’auteur de cet article pour la qualité de ce dernier. Depuis maintenant une dizaine, nous faisons régulièrement le même constat sur le terrain. En particularité, nous avons réalisé, année après année, plusieurs dizaines d’observations de Vipère péliade à vue… contre seulement deux sous plaque !

Nous avions essayé de comparer, dans cet autre article, l’efficacité des deux méthodes et le résultat était à peu près équilibré. Toutefois, cette comparaison comportait deux biais. D’une part l’effort de recherche à vue peut difficilement être quantifié (expérience de l’observateur, temps passé…) et il est très probable que les personnes réalisant des transects avec plaques s’attardent essentiellement sur ces dernières, davantage que sur la prospection à vue des lisières. D’autre part, comme le souligne toujours Gilles Pottier, un inventaire sur une saison et un suivi sur le long terme sont deux choses bien différentes. Le second a tendance à donner, au fur et à mesure que les années passent, de meilleurs résultats. En effet, une fois habitué à une plaque, un reptile y revient régulièrement.

En conclusion, l’important n’est pas de savoir qui a raison et qui a tort, mais de savoir remettre en question une technique d’inventaire en fonction des résultats observés sur le terrain. Espérons qu’ainsi, l’utilisation des plaques à reptiles ne soit plus utilisée par conformisme et pour se dispenser des efforts que nécessite une recherche à vue.

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