Inventaires faunistiques : le biais de la détectabilité

Lorsque l’on réalise, en vue d’une étude d’impact ou d’un atlas de la biodiversité, un inventaire des espèces animales, il existe un biais important : celui de la détectabilité. En effet, si certaines espèces sont faciles à repérer et à identifier, d’autres passent très facilement inaperçues.

Repérable ? Reconnaissable ?

Par « détectabilité », nous entendons la possibilité pour un observateur de repérer une espèce dans son milieu naturel et de la reconnaître grâce à des critères qui la distinguent des espèces voisines. Ce sont là deux choses bien différentes : une espèce peut être difficile à repérer mais facile à reconnaître, ou l’inverse. Nous présentons ci-dessous quatre cas qui illustrent notre propos :

Exemple d’espèces animales plus ou moins repérables et reconnaissables
  • le Pigeon ramier est à la fois facile à repérer (diurne, assez gros, vol souvent à découvert, chant puissant) et à identifier (peu d’espèces ressemblantes dans nos régions, marque blanche typique sur le cou, roucoulement sur cinq notes caractéristiques, etc.).
  • à l’inverse, les serpents sont à la fois difficiles à repérer (silencieux, couleur mimétique, se déplacent très peu à découvert) et difficiles à identifier (plusieurs espèces ressemblantes, critères d’identification compliqués à voir sur le terrain, approche difficile)
  • si les « Grenouilles vertes » sont faciles à repérer (s’exposent au soleil, chantent bruyamment), les différences entre les taxons qui constituent ce groupe (9 espèces et 3 formes hybrides en Europe) sont très subtiles
  • enfin, le Hérisson d’Europe est une espèce que tout le monde reconnaît facilement (aucune espèce ressemblante dans nos régions) mais qui passe très facilement inaperçue, notamment du fait de son mode de vie nocturne.

Il est facile d’observer une « Grenouille verte » mais il est bien plus difficile de connaître l’espèce exacte à laquelle elle appartient (photo : E.Barussaud)

Notons que certaines espèces sont visuellement discrètes mais qu’elles se signalent par leur voix (ex : Rainette verte ou Coucou gris) ou par des indices : empreintes pour le Chevreuil et le Blaireau, œufs en paquet dans les mares pour la Grenouille agile, trous d’émergence caractéristiques pour le Grand Capricorne, etc. Ces espèces, même si nous les voyons peu, n’échappent généralement pas à un observateur expérimenté.

En revanche, pour certaines espèces, seule des techniques très particulières permettent de déceler la présence d’individus sur un territoire : analyse des pelotes de réjection des rapaces nocturnes pour identifier les micromammifères, pose d’une caméra automatique pour les mustélidés, « pièges » à insectes, etc.

Améliorer la détectabilité ?

Les espèces qui passent facilement inaperçues posent un véritable problème quand il s’agit de connaître précisément leur répartition et leur état de conservation. Les serpents, par exemple, présentent souvent, dans les atlas régionaux, des aires de répartition très fragmentées. Comment interpréter ces « blancs » dans les cartes ? Réelle absence ou difficulté des observateurs à repérer l’espèce ?

Depuis les années 2010, on assiste à une véritable « explosion » du nombre de données relatives à la faune, via les portails de « science participative ». Ainsi, le portail « faune-france.org » collecte chaque année plusieurs millions de données, grâce à plusieurs dizaines de milliers d’observateurs bénévoles réguliers. Une telle mobilisation permettrait-elle de combler le manque de données sur certaines espèces peu détectables comme les serpents ou certains insectes ? Pour l’instant, il semble que l’immense majorité des données fournies par les observateurs bénévoles concerne les oiseaux… soit le groupe qui est déjà le mieux connu. A l’inverse, les reptiles ou les coléoptères ne semblent pas susciter un tel enthousiasme (respectivement 0,6 et 0,3 % des données récoltées sur faune-france).

Le meilleur moyen d’améliorer la connaissance des espèces peu détectables est sans doute de former les observateurs (notamment les ornithologues) à la recherche et à l’identification d’autres groupes d’espèces.

Les insectes – ici la Malachie à deux points – intéressent encore trop peu d’observateurs (photo : E.Barussaud)

photo à la une : Vipère péliade (E.Barussaud)

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