chouette cheveche

Etudes d’impacts : comment inventorier la faune nocturne ?

Une grande partie de la faune française a une activité partiellement ou totalement nocturne. On pense en premier lieu aux rapaces nocturnes, aux chauve-souris ou encore aux papillons de nuit mais, à y regarder de plus près, l’activité nocturne concerne en fait une majorité d’espèces : quasiment tous les mammifères (mustélidés, rongeurs, cervidés…), les amphibiens (salamandre, grenouilles, crapauds…), beaucoup d’oiseaux diurnes qui se déplacent de nuit (fauvettes, limicoles, anatidés, grues…)  et même quelques serpents (couleuvres). Chez les invertébrés également, beaucoup d’espèces sont crépusculaires ou nocturnes, notamment parmi les lépidoptères (papillons de nuit), les orthoptères (sauterelles, grillons, courtilière), les coléoptères ou encore les araignées. De quels moyens dispose-t-on pour inventorier ces espèces, dans le cadre, par exemple, d’une étude d’impacts ?

De précieux indices de présence

Si les espèces échappent à notre vue durant la nuit, elles laissent souvent des indices qui permettent de détecter leur présence : empreintes, excréments, restes de repas, nids ou galeries, etc.

Le récent « Atlas des mammifères de Bretagne » (Groupe Mammalogique Breton, 2015), nous apprend ainsi que les « indices de présence » représentent une part importante des données dont on dispose pour certaines espèces : près de 50 % pour le Blaireau et la Genette, 86 % pour le Muscardin (surtout des noisettes rongées), 87 % pour le Campagnol amphibie (crottes), 88,5 % pour la Loutre d’Europe (dont 75 % pour les crottes, appelées « épreintes »), plus de 90 % pour la Taupe (les fameuses « taupinières ») et le Castor (arbres coupés essentiellement). Concernant les rapaces nocturnes, on peut également retrouver des pelotes de réjection. Cet indice est utile, par exemple, pour attester de la présence de l‘Effraie des clochers dans un bâtiment.

 

Les apports de la caméra nocturne automatique

Technologie relativement récente, la caméra automatique permet non seulement d’identifier des espèces nocturnes, mais aussi de les dénombrer (groupes de chevreuils, de sangliers, meute de loups, etc.) et de connaître l’heure à laquelle elles sont actives. Une caméra bien placée permet d’acquérir beaucoup d’informations sur la faune qui fréquente un lieu précis, par exemple une mare ou un passage à faune. Ci-dessous, quelques-unes des vidéos que nous avons réalisées avec notre caméra Trophy Cam.

 

Chauve-souris : l’indispensable détecteur d’ultrasons

Toutes les espèces de chiroptères sont protégées en France ; il est souvent nécessaire d’étudier ce groupe lors des études environnementales. Si beaucoup de gîtes principaux sont recensés et suivis (mines, grottes, combles d’églises, ruines…), la présence des chauve-souris passe souvent inaperçue, que les animaux soient en vol (chasse, déplacements) ou au repos (gîtes d’intérêt secondaire, dans les arbres ou chez des particuliers notamment).

On dispose de plusieurs technologies permettant de détecter et d’interpréter les ultrasons émis par les chiroptères : le détecteur hétérodyne, « technique de terrain par excellence » (M.Barataud, 2015), le détecteur avec division de fréquence et le détecteur avec expansion de temps (généralement associé à l’hétérodyne et parfois à la division de fréquence). Ces outils peuvent nécessiter la présence d’un observateur sur le terrain ou bien faire appel à l’enregistrement automatique et à l’analyse informatique.

Le choix de la technologie à utiliser dépend des besoins de l’étude. Une étude d’impact pour un projet éolien nécessite par exemple davantage de moyens qu’une simple évaluation des corridors de déplacement toutes espèces confondues.

Batbox IIID et Trophy Cam

 

 

Deux outils à notre disposition pour l’inventaire de la faune nocturne : à gauche, le détecteur hétérodyne Batbox III D ; à droite la caméra automatique Bushnell Trophy Cam

 

 

 

A l’écoute des chants

Si les détecteurs d’ultrasons ont permis une avancée considérable dans la connaissance des chauve-souris, l’oreille humaine reste un outil très performant pour reconnaître les cris ou les chants émis dans le domaine audible par de nombreuses espèces animales : les rapaces nocturnes se signalent souvent par leurs chants ou leurs cris, de même que le discret Engoulevent d’Europe, de nombreux batraciens (grenouilles et crapauds) et quelques mammifères comme le Cerf ou le Chevreuil. Les séances d’écoute nocturnes, le plus souvent réalisées à la fin de l’hiver et au printemps, peuvent être menées en même temps que la recherche des chiroptères.

Quelques autres méthodes particulières

Dans certaines études spécifiques enfin, on peut avoir recours à des techniques particulières. On pourra par exemple citer l’utilisation de filets de capture pour l’identification des chiroptères ou d’oiseaux migrateurs, de projecteurs pour attirer les insectes nocturnes ou compter les mammifères (lièvres, cervidés, renards…) ou encore d’un radar pour détecter les vols nocturnes d’oiseaux (projets éoliens notamment).

 

Bibliographie :

BARATAUD.M. 2015. Ecologie acoustique des chiroptères d’Europe – 3ème édition. Biotope, Mèze ; Muséum national d’histoire naturelle, Paris, 344 p.

GROUPE MAMMALOGIQUE BRETON. 2015. Atlas des Mammifères de Bratagne. Locus Solus, 304 p.

 

Photo : Chouette chevêche, Peter Munks

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