Études d’impact : faut-il utiliser des plaques pour détecter les reptiles ?

L’utilisation de plaques à reptiles (ou abris à reptiles) est une technique bien connue des herpétologues pour augmenter leurs chances d’observer des animaux aussi discrets que les serpents et – dans une moindre mesure – les lézards. Quels sont les atouts et les limites de cette méthode, notamment dans le cadre d’une étude d’impact ?

Une méthode efficace mais exigeante…

Plaque à reptiles dans un milieu favorable

Les lézards, serpents et orvets sont des espèces furtives souvent difficiles à détecter et à identifier. Depuis les années 1970, on utilise des plaques-refuges pour améliorer leur détection. Ces « plaques » peuvent être en tôle ondulée galvanisée, en fibrociment, en caoutchouc épais, en bois ou encore en toile ou en moquette… Selon Graitson et Naulleau (2005) ces différents matériaux attirent différentes espèces de reptiles, aussi est-il intéressant, en vue d’un recensement exhaustif des espèces, de disposer de plusieurs types d’abris. Ces abris doivent être placés dans les habitats les plus favorables aux reptiles, notamment les lisières, les abords des vieux murs, les talus bien exposés avec une végétation herbacée dense. Si le choix de bons emplacements est déterminant pour la réussite d’un inventaire, il est évident que la densité des plaques influe également sur le résultat. Généralement, on pose plusieurs plaques par hectare : 3 plaques / hectare apparaît dans la bibliographie comme un minimum.

On voit donc ici apparaitre une première contrainte dans le cadre d’une étude d’impact : si l’on étudie un site d’une vingtaine d’hectares et que l’on retient une densité de 3 plaques par hectare, on doit installer 60 plaques pour l’étude des reptiles. Compte-tenu de la faible densité des reptiles et de leur sédentarité, il n’est guère étonnant que la pose de 4 ou 5 plaques sur un site de 20 hectares ne donne quasiment aucun résultat !

Lézard des murailles

Le Lézard des murailles est assez facile à observer, même sans utiliser de plaques-abris (Morbihan, août 2017)

Des contraintes pour l’étude d’impacts

La technique des plaques-refuges est utilisée au sein du réseau des Réserves Naturelles de France afin d’identifier les espèces présentes, de « suivre l’évolution des populations à une échelle locale et tester l’effet des pratiques de gestion sur les populations » (voir ici). La méthode standardisée qui consiste à relever à intervalles réguliers de nombreuses plaques est en effet toute indiquée si l’on veut, d’une année sur l’autre, observer l’évolution du nombre d’animaux observés, espèce par espèce. Si l’on souhaite réaliser un suivi sur plusieurs années, sur un site où les activités humaines sont maîtrisées par un gestionnaire – comme c’est le cas dans les réserves – la méthode est adaptée. Mais qu’en est-il sur un site à prospecter en quelques mois (une année au maximum), sur lequel on ne maîtrise pas les activités humaines (agriculture, entretien des talus, passage de promeneurs…), comme c’est le cas dans la plupart des études d’impact ? Il est bien difficile de disposer des plaques dans des milieux dont on ne sait pas comment ils vont évoluer et, par conséquent, si ils vont rester favorables aux reptiles. Par ailleurs, il est recommandé d’installer les plaques au moins deux mois avant le début de l’étude, car leur efficacité augmente avec le temps (Naulleau 2002). Pour obtenir des résultats durant la période la plus propice (avril, mai et juin), il faut donc installer les plaques en janvier ou février et qu’elles ne soient ni enlevées, ni détruites  (par des engins agricoles notamment) pendant 5 à 6 mois.

 

En conclusion, la méthode des plaques à reptiles (ou abris artificiels) demande du temps pour être mise en œuvre : beaucoup de plaques à disposer, qui doivent rester en place pendant plusieurs mois et être relevées régulièrement. Ces contraintes ne sont pas toujours compatibles avec les exigences d’une étude d’impact (calendrier, coût). Par ailleurs, le choix des emplacements des plaques induit un biais, dans la mesure où les reptiles seront évidemment observés là où les plaques auront été installées. A moins d’en installer une densité telle que tous les milieux favorables soient régulièrement échantillonnés… On atteint alors un nombre de plaques à l’hectare (10 à 100) inenvisageable dans la pratique !

lisière

Une haie et des ajoncs en bordure de prairie : l’endroit idéal pour poser des plaques… à conditions qu’elles ne soient pas détruites ou emportées par un tracteur !

Une alternative moins « lourde »

Pour une étude d’impacts sur un site de quelques dizaines d’hectares, plutôt que de disposer quelques plaques qui ne pas donneront guère de résultats (densité trop faible, risque de disparition des plaques), nous proposons l’alternative suivante :

  • d’une part, réaliser une prospection « active » des lisières, talus, haies et autres habitats favorables, dans de bonnes conditions : choisir une journée de printemps bien ensoleillée, ou avec de belles éclaircies, pas trop chaude (15 à 20°C), durant laquelle les reptiles ont besoin de s’exposer au soleil, et marcher lentement en scrutant les micro-habitats favorables. Parfois, il est possible d’observer le reptile et d’en déterminer l’espèce, auquel cas on notera l’observation et on la localisera précisément sur une carte emportée sur le terrain. Si l’animal s’enfuit et qu’on ne fait que l’apercevoir, on pourra déjà noter sur notre carte « lézard sp. » ou « serpent sp. » (les serpents font un bruit bien différent de celui des lézards en se faufilant sous la végétation). On a d’ailleurs souvent une seconde chance d’observer l’animal si l’on attend un peu avant de s’approcher de nouveau avec précaution. Après quelques heures de prospection, on aura déjà, à défaut de la liste exhaustive des espèces présentes, une carte des éléments du paysage (haies, murs, talus, lisières, zones humides) fréquentés par les reptiles.
Coronelle lisse

L’observation des serpents – ici une Coronelle lisse sur une voie ferrée – est souvent fugace ! (Loire-Atlantique, avril 2015)

  • d’autre part, si des milieux stables, peu fréquentés par l’Homme et particulièrement attractifs existent localement – typiquement, une parcelle de lande dans un paysage agricole – on pourra y concentrer des plaques (5 à 10) qui auront alors des chances d’être occupées. Cela permettra de compléter l’inventaire qualitatif des espèces présentes.
Vipère aspic

Vipère aspic trouvée en scrutant les abords d’un cours d’eau (Loire-Atlantique, mai 2017)

 

Bibliographie :

GRAITSON E., NAULLEAU G., 2005. Les abris artificiels : un outil pour les inventaires herpétologiques et le suivi des populations de reptiles. Bulletin de la Société Herpétologique de France (2005) 115 : 5-22.

NAULLEAU G. 2002. Plan d’action Reptiles et Amphibiens. II 2 3. Mise au point de suivi de populations. La méthode des abris artificiels. Société Herpétologique de France. Rapport au ministère de l’Écologie et du Développement durable, Nov. 2002. 27 p.

GROUPE RNF « Amphibiens et Reptiles ». 2013. Protocole commun d’inventaire des reptiles terrestres sur les Réserves Naturelles. 8 p.

 

Photos : Lézard des murailles, haie, Coronelle lisse, Vipère aspic : E. Barussaud  / Couleuvre à collier : Xulescu G

 

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