L’IA arrive-t-elle à identifier les animaux ?
Depuis plusieurs années, l’utilisation de moteurs de recherche visuelle (Plant Net, Google Lens) fait partie du quotidien des naturalistes. Avec le développement de l’IA, cette tendance s’amplifie, au point qu’une application comme iNaturalist intègre des propositions d’identification à partir de photos. Nous avons cherché à savoir quelle était l’efficacité d’une IA dans ce domaine en réalisant des tests.
Nous testons Gemini sur la reconnaissance de la faune
Nous avons donc soumis à Gemini des photos d’espèces prises dans la nature, en conditions réelles. Nous n’avons retenu que les photos dont la qualité est suffisante pour permettre à un naturaliste confirmé d’identifier l’animal jusqu’à l’espèce (c’est à dire pas uniquement le genre ou la famille). Nous avons ainsi testé 70 photos d’animaux divers, des oiseaux aux insectes en passant par les mammifères ou les reptiles. Ces tests ont été réalisés à l’été 2026 par notre bureau d’études.
Nous avons évalué les résultats de l’IA de la manière suivante :
- réponse exacte : quand l’IA donne la bonne espèce en l’affirmant avec certitude (« il s’agit de… »)
- réponse utile : quand l’IA identifie uniquement le genre, quand elle propose le choix entre plusieurs espèces ou utilise des termes comme « il pourrait s’agir de xxx ou d’une espèce proche »
- réponse mauvaise : quand l’IA propose une identification qui ne convient pas mais en nuançant la réponse en employant le conditionnel
- très mauvaise réponse : quand l’IA affirme catégoriquement qu’il s’agit d’une espèce alors qu’il s’agit d’une autre
Un faible taux d’erreur, des réponses souvent exactes
Les résultats de nos tests sont les suivants :
- réponses exactes : dans plus de la moitié des images testées (54 %), Gemini trouve exactement la bonne espèce et exprime le résultat avec certitude.
- réponse utile : dans 34 % des cas, la réponse est plus nuancée mais reste utile. L’identification de l’animal n’est pas certaine mais la réponse permet de progresser dans l’identification
- réponse mauvaise : dans 9 % des cas, la réponse est mauvaise mais l’IA reste prudente sur la qualité du résultat
- réponse très mauvaise : dans seulement 3 % des cas, l’IA induit réellement l’utilisateur en erreur en affirmant avec certitude une réponse fausse
Dans l’ensemble, les résultats de Gemini sont largement positifs. Dans près de 90 % des cas, son aide est utile. Il reste toutefois une minorité de cas où l’IA se trompe.
Ce qui met l’IA en difficulté
Les résultats de ce test sont parfois étonnants. Nous avons été impressionnés par la qualité de certaines réponses. Ainsi, Gemini identifie avec certitude des espèces pour lesquels des risques de confusion existent. Par exemple, la Bondrée apivore est correctement distinguée de la Buse variable, le Courlis corlieu est distingué du Courlis cendré, le Damier de la Succise n’est pas confondu avec les autres lépidoptères aux motifs proches (Mélitées, autres Damiers…), etc.
Les difficultés surviennent principalement sur deux points :
- certains oiseaux en vol, curieusement, posent des problèmes d’identification, notamment les rapaces. Ainsi, sur des photos un peu lointaines avec un léger contre-jour, mais tout à fait identifiables par un naturaliste de niveau moyen, l’IA n’est pas parvenue à identifier le Balbuzard pêcheur ni l’Élanion blanc, deux espèces pourtant assez caractéristiques.
- certains groupes d’insectes possèdent des critères d’identification visiblement encore trop subtiles pour l’IA. Par exemple, les criquets, les decticelles, certains groupes d’odonates, certains groupes de coléoptères, etc. Il arrive que l’IA utilise des critères peu pertinents (comme la localisation) et ignore les critères décisifs. Le niveau des forums d’entomologistes (principalement, dans le monde francophone, Le Monde des insectes) est loin d’être atteint.
Lorsque l’on entame ensuite la discussion avec l’IA pour lui suggérer une identification ou lui proposer des critères, le résultat est généralement constructif, même si il arrive encore qu’elle rejette trop rapidement une suggestion pourtant bonne.
En conclusion, quel est le niveau de Gemini dans l’identification d’animaux ?
Avec près de 90 % de résultats positifs sur une sélection d’espèces vertébrées et invertébrées, nous pouvons dire que Gemini a un niveau très supérieur à celui de la plupart des naturalistes amateurs, à condition qu’on lui fournisse des photos de qualité. Réussir ces photos est d’ailleurs une partie du travail d’un naturaliste. Jusqu’ici, l’IA ne se rend pas sur le terrain pour observer !
Toutefois, l’IA semble parfois manquer de prudence, aller « trop vite en besogne », sans recouper tous les critères mobilisables. Il peut arriver qu’elle ignore la variabilité intraspécifique et certaines subtilités que les naturalistes chevronnés ont acquis au bout de longues années de travail et d’échanges.
Même si l’amélioration de la qualité des résultat est encore possible (par exemple, pour les oiseaux en vol), on aimerait surtout que l’IA parvienne à acquérir davantage de prudence et à avertir son utilisateur lorsque plusieurs espèces se ressemblent.








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