Faire ses propres listes rouges avec l’indice FAR : mode d’emploi

L’indice FAR est un indice permettant d’estimer l’état de conservation d’une espèce animale sur un territoire donné. Nous l’avons mis progressivement au point depuis la fin de l’année 2018. Aujourd’hui, après plusieurs tests et ajustements, nous présentons le mode d’emploi de cet indice. Il est simple, rapide à calculer et devrait permettre à ceux qui le souhaitent (associations, bureaux d’études, naturalistes amateurs…) de réaliser ou de mettre à jour des Listes Rouges d’espèces. Voici donc la méthode à appliquer.

A quoi sert l’indice FAR ?

Basé sur la Fragmentation des Aires de Répartition, l’indice FAR permet d’évaluer l’état de santé (ou état de conservation) d’une population animale sur un territoire donné. Par exemple : la Fauvette pitchou en Bretagne, le Triton marbré en Loire-Atlantique, le Busard cendré en France, etc.

Quels sont ses avantages par rapport à la méthodologie classique des Listes Rouges (UICN) ?

Le calcul de l’indice FAR est rapide. Basé uniquement sur une carte de répartition de type atlas (mailles 10 x 10 km), la méthodologie FAR est bien moins lourde que celle de l’UICN. Elle permet aussi une plus grande souplesse dans le choix du territoire. En effet, l’utilisateur de l’indice FAR peut choisir une entité administrative (département, région) mais aussi une entité naturelle qui lui convient mieux, comme un massif montagneux ou toute autre région naturelle à cheval entre plusieurs régions administratives.

Du reste, la méthode FAR ne s’oppose pas à celle de l’UICN mais, étant plus rapide, elle permet une mise à jour plus fréquente. Les résultats FAR peuvent être comparés à ceux de la méthodologie UICN grâce à un système de « classes » correspondantes (voir « Comment interprète-t-on l’indice FAR ? »).

L’indice FAR est basé sur des atlas qui paraissent en moyenne tous les 10 ou 20 ans. Il s’applique précisément à la période durant laquelle a été réalisée la prospection. L’indice FAR est donc mieux circonscrit dans le temps que le classement UICN, lequel peut se baser sur des données plus ou moins anciennes selon les espèces. On peut étudier la variation de l’indice FAR d’un atlas à l’autre, c’est-à-dire d’une période à une autre. La méthode de calcul étant toujours identique, la variation de l’indice dans le temps a une réelle signification.

Comment calcule-t-on l’indice FAR ?

Étape 1 : choisir une espèce, un territoire et trouver une carte de répartition par mailles de cette espèce sur ce territoire. De la qualité de la carte (prospection satisfaisante sur toutes les mailles) dépend la pertinence de l’indice FAR.

Étape 2 : pour chaque maille où l’espèce est présente, compter le nombre de mailles adjacentes où l’espèce est présente (P) et le nombre de mailles où l’espèce est absente (A). Il y a toujours 8 mailles adjacentes, à l’exception des limites du territoire (littoral ou frontière).

Étape 3 : Additionner les P d’un côté et les A de l’autre. Diviser ƩP par ƩA. L’indice FAR vaut ƩP / ƩA. Cette valeur varie de 0 à l’infini.

Exemple ci-dessous avec une espèce présente sur 14 mailles. On compte, pour chacune de ces 14 mailles, le nombre de mailles P et A (ici, nous avons procédé d’ouest en est et du nord au sud). On divise ƩP par ƩA. On obtient ici 0,74.

Comment interprète-t-on l’indice FAR ?

Plus l’indice FAR est élevé, meilleur est l’état de conservation de l’espèce sur le territoire considéré.

Nous avons établi un système de 7 classes, comparables à celles de la méthodologie UICN.

Tableau des correspondances entre catégories FAR et UICN

Important : au-delà de 5, la valeur exacte de l’indice n’a pas de signification particulière. Une espèce ayant un indice de 16 ne se porte pas « deux fois mieux » qu’une espèce ayant un indice de 8. Aussi, on notera «  > 5 » et non pas la valeur exacte pour éviter des erreurs d’interprétation.

Quelles sont les limites de l’indice FAR ?

Tout d’abord, le calcul nécessite de disposer d’une carte de répartition par maille, récente et de bonne qualité. Avec la progression de la participation (via internet et les portails de saisie), de plus en plus d’espèces devraient être correctement cartographiées. Des espèces particulièrement discrètes (insectes, micromammifères…) peuvent toutefois passer inaperçues : de leur cartographie incomplète résulte un indice FAR plus pessimiste que la réalité. Mais cela vaut également pour d’autres méthodes d’évaluation…

Ensuite, il faut que le territoire considéré soit d’une superficie suffisante. Une cinquantaine de mailles semble être le minimum. Pour des mailles de 10 x 10 km, il ne faut donc pas descendre en-dessous de la superficie du département.

Enfin, dans certains cas particuliers, il n’existe pas un lien direct entre la répartition et l’état de santé d’une espèce. C’est par exemple le cas d’oiseaux coloniaux comme les hérons, les aigrettes ou les oiseaux marins : bien que leurs sites de reproduction soient très localisés (colonies), leurs effectifs peuvent être aussi bien en hausse qu’en baisse. Le cas très particulier des espèces invasives dans leur premier stade de colonisation peut aussi prêter à confusion : population encore disséminée mais en forte progression. Aussi, une bonne documentation sur l’espèce analysée est nécessaire pour éviter d’éventuels contre-sens.

Vous avez testé l’indice FAR ? Faites-nous part de vos résultats et de vos remarques !


Photo à la une : Tarier pâtre (E.Barussaud, 2018)

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  1. […] indice « FAR » doit permettre d’estimer rapidement l’état de conservation d’une espèce […]

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