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Notre avis sur la « Flore Forestière Française » (Rameau, Mansion et Dumé)

La Flore Forestière Française de l’Institut pour le Développement Forestier est un classique, certains diraient même « une bible » pour les forestiers et les botanistes. Nous l’utilisons depuis une dizaine d’années et vous en livrons ici une présentation.

Comment elle s’organise

La Flore Forestière Française comporte 3 tomes :

  • tome 1 : plaines et collines
  • tome 2 : montagnes
  • tome 3 : région méditerranéenne

Compte-tenu de notre localisation en Bretagne, nous utilisons logiquement le tome 1. Ce premier tome n’exclue d’ailleurs pas les espèces « montagnardes » ou « méditerranéennes » dès lors qu’on les retrouve en plaine.

L’ouvrage se divise en 5 grandes catégories : mousses, ptéridophytes (prêles et fougères), gymnospermes (conifères), angiospermes ligneux (arbres et arbustes feuillus) et enfin espèces herbacées (non ligneuses) qui constituent environ les 2/3 de l’ouvrage. Au début de chaque catégorie figure une clé de détermination des genres et espèces.

Au total, environ 630 espèces sont présentées dans le tome 1 « Plaines et collines ». Chaque espèce fait l’objet d’un double page : une illustration des différentes parties de la plante sur la page de gauche et une fiche de description sur la page de droite. Cette fiche de description comprend :

  • le nom scientifique (et ses éventuels synonymes) et les noms vernaculaires de la plante
  • l’explication de l’origine du nom
  • les caractères biologiques : taille, longévité, reproduction…
  • les caractères diagnostiques : c’est à dire les critères qui permettent d’identifier la plante. Toutes les parties de la plante sont précisément décrites (écorce, rameau, bourgeons, feuilles, fleurs, fruit…) et des numéros renvoient à l’illustration de la page de gauche
  • la distribution géographique de l’espèce (type de climat, altitude maximale…) avec une carte de la répartition en France pour illustrer le propos
  • les données autécologiques : type de sol, ensoleillement, matériaux… Un diagramme combinant les gradients trophique et hydrique permet de situer les exigences de l’espèce sur les axes « humide / sec » et « acide / basique »
  • les biotopes et formation végétales où l’on trouve l’espèce (ex : haies, hêtraies-chênaies, landes, forêts ripicoles…)
  • les usages et propriétés de la plante (ex : plante mellifère, plante fourragère, plante fébrifuge, antiscorbutique, toxique…)
Les dessins comme les textes sont d’une précision et d’une qualité incomparables

Quels sont ses points forts ?

Les deux principaux points forts sont sans aucun doute :

  • la qualité des illustrations : les dessins sont d’un finesse et d’un réalisme rarement égalés dans les guides d’identification. Bien qu’elles soient toutes en noir et blanc, ces illustrations, effectuées d’après nature, collent parfaitement à la réalité. Associées à la description de la page de droite, elles donnent au lecteur toutes les indications nécessaires à l’identification.
  • la richesse des données concernant l’écologie de chaque espèce, utiles aussi bien au forestier qu’au botaniste. Le « caractère indicateur des plantes » (ex : neutronitrophile, calcicole, hygrocline…) permet en outre de caractériser un sol d’après le cortège floristique qu’il porte.

L’ouvrage se distingue également par une utile introduction d’une dizaine de pages, par un lexique permettant de comprendre toutes les subtilités de la botanique. Les termes « amplexicaule », « involucelle » ou « silique » ne vous seront plus inconnus !

Certains regretteront peut-être le classement des espèces à l’intérieur de chaque grande catégorie : elles sont en effet classées par ordre alphabétique et non par genre. Par ailleurs, malgré une couverture plastifiée imperméable, il est difficile de transporter l’ouvrage sur le terrain sans l’abimer : les 1800 pages de l’ouvrage sont imprimées sur papier bible, très sensible à la pluie et au froissement. Enfin, comme son nom l’indique, le livre traite de la flore forestière : il n’est donc pas particulièrement indiqué pour identifier les espèces de votre jardin ou de votre champ.

Pour quels usages ?

Nous recommandons ce livre à toutes les personnes qui s’intéressent à l’écologie en générale, à la flore et aux sols forestiers en particulier. Il permet de comprendre les interactions entre les plantes et leur environnement. Les personnes qui souhaitent réaliser des plantations (reboisements, haies, etc.) y trouveront toutes les information nécessaires. Les propriétés du bois des différentes essences d’arbres y sont également abordées.

Ce livre ne s’adresse pas aux débutants ni aux enfants qui auront certainement du mal avec la classification par noms scientifiques et les dessins en noir et blanc. En revanche, les étudiants et les professionnels de l’environnement y trouveront quantité d’informations introuvables ailleurs.

En conclusion, cet ouvrage, fruit d’un long travail d’équipe, est une référence indispensable pour étudier les plantes forestières de France et leur écologie.

Grâce à la Flore Forestière Française, le Hêtre (à gauche) et le Noisetier (à droite) n’auront plus de secret pour vous

Coléoptères : la grande inconnue

On estime autour d’un million le nombre d’espèces d’insectes actuellement connues dans le monde. La classe des coléoptères en représenterait à elle seule environ un tiers (330.000 à 370.000). En France métropolitaine, le nombre d’espèces de coléoptères serait d’environ 10.000. Malgré cette extraordinaire diversité, ou peut-être à cause d’elle, les coléoptères demeurent mal connus et très peu protégés.

Un autre ordre de grandeur

La connaissance des coléoptères présente plusieurs difficultés. Premièrement, le nombre d’espèces (10.000 en France métropolitaine) est considérable. A titre d’exemple, le nombre d’espèces d’oiseaux en France métropolitaine est actuellement de 568 dont 284 nicheuses, c’est environ 20 fois moins. Un ornithologue peut, après quelques années de pratique, reconnaître la quasi-totalité des espèces françaises. Pour les coléoptères, il en va tout autrement. C’est à l’intérieur de chaque famille que l’on trouve plusieurs centaines d’espèces : chez les Cerambycidés (famille du Grand Capricorne), chez les Carabidés (famille des carabes), chez les Coccinellidés, etc. Il est pour ainsi dire impossible de trouver un naturaliste spécialiste de l’ensemble des coléoptères, voire même d’une famille complète.

Il en va de même pour les guides d’identification : si un « guide ornitho » de 500 pages est suffisant pour traiter de toutes les espèces de France, le guide Delachaux des coléoptères d’Europe (V. Albouy et D. Richard) présente 800 espèces… parmi les 20.000 connues en Europe. Autre exemple : la remarquables « Clé de détermination des Carabidés » (J-L Roger, O.Jambon et G.Bouger) comporte 256 pages pour traiter de manière exhaustive des seuls carabidés des paysages agricoles du Nord Ouest de la France.

La Cétoine dorée (Cetonia aurata) un des coléoptères commun et facile à observer (photo : E.Barussaud, 2020)

Des déterminations complexes

Poecilus cupreus fait partie des petits carabes dont la détermination n’est pas évidente… (photo : E.Barussaud, 2020)

Si le dernier ouvrage cité ci-dessus comporte autant de pages, ce n’est pas uniquement en raison du grand nombre d’espèces (en l’occurrence, 165) mais aussi en raison de la précision nécessaire à l’identification. En effet, beaucoup d’espèces se ressemblent fortement et une étude attentive de multiples critères est nécessaire pour parvenir à un diagnostic valable. Citons, entre autres : la pubescence des antennes, la forme et la ponctuation du pronotum, les stries et la ponctuation des élytres, la couleur des pattes, la pilosité, etc. Ainsi, l’identification des coléoptères n’est pas du tout intuitive comme celle des oiseaux mais nécessite de passer en revue une longue série de caractères diagnostics. Ce travail minutieux peut d’ailleurs faire penser à la botanique : observation de détails invisibles à l’œil nu, utilisation de clés d’identification… Autrefois, on collectait systématiquement les individus pour les identifier et les conserver. Aujourd’hui, la macro-photographie remplace souvent les collections d’insectes épinglés.

Peu de données pour tant d’espèces !

Conséquence de la grande diversité d’espèces plus ou moins semblables : la quantité de données disponibles pour la plupart des coléoptères est très faible. Comparées aux données oiseaux, les données coléoptères paraissent même marginales.

Pour se faire une idée, on peut comparer le nombre de données transmises sur le portail de sciences participatives Faune-France :

  • Merle noir (premier oiseau en nombre de données) : 940.000 données
  • Pinson des arbres : 911.000
  • Mésange charbonnière : 844.000
  • Faucon crécerelle : 330.000
  • Chevreuil européen (premier mammifère) : 118.000
  • Lézard des murailles (premier reptile) : 87.000
  • Citron (premier lépidoptère) : 70.000 données
  • Coccinelle à 7 points (premier coléoptère) : 6.700 données
  • Vipère aspic (reptile discret et en régression) : 4.500 données
  • Chevêchette d’Europe (un des oiseaux les plus discrets et les plus rares) : 3.100 données
  • Cétoine dorée (coléoptère très commun) : 2.900 données
  • Morime rugueux (coléoptère peu commun mais grand et facilement identifiable) : 211 données
  • Poécile cuivré (petit coléoptère plus difficile à identifier) : 94 données

Ou encore sur le site de l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel) :

  • Merle noir : 371.000 données sur la répartition
  • Lézard des murailles : 61.800 données
  • Chevêchette d’Europe (un des oiseaux les plus discrets et les plus rares de France) : 3.300 données
  • Cicindèle champêtre (coléoptère commun) : 1.633 données
  • Desman des Pyrénées (mammifère aquatique très rare, endémique des Pyrénées) : 865 données
  • Féronie commune (coléoptère commun) : 443 données

Ainsi, les espèces de coléoptères les plus communes et les plus faciles à identifier récoltent à peu près autant de témoignages que les espèces d’oiseaux les plus rares et les plus discrètes ! Le rapport entre le volume de données « coléoptères » et volume de données « oiseaux » doit être, selon les sources, de 1 pour 100 à 1 pour 500. Si l’on se rappelle que les coléoptères comptent 20 fois plus d’espèces que les oiseaux, on se rend compte du travail considérable à fournir pour dresser un atlas complet des coléoptères de France. Sans parler d’une hypothétique évaluation de leur état de conservation.

Malgré ses couleurs remarquables, la Drypte dentée (Drypta dentata) passe facilement inaperçue : seulement 206 données sur l’INPN ! (photo : E.Barussaud, 2020)

Seulement 10 espèces protégées sur 10.000…

Si la connaissance des coléoptères est lacunaire, que dire de leur protection légale ? En France, seules 10 espèces sont protégées, parmi lesquelles de Grand Capricorne. On peut avancer comme explication le manque de données sur l’état de conservation des espèces. Contrairement aux vertébrés (oiseaux, reptiles, batraciens, mammifères), les coléoptères n’ont pas de « Liste rouge » nationale. On peut aussi invoquer le caractère « ravageur » de certaines espèces qui ne plaide guère pour leur protection (doryphores et hannetons pour les cultures, Grand Capricorne et autres xylophages pour les arbres)… Mais à l’inverse beaucoup d’espèces jouent un rôle très positif dans les champs et les jardins : carabes auxiliaires des cultures, coccinelles dévoreuses de pucerons, espèces pollinisatrices, etc.

Oedemera nobilis : un petit coléoptère facile à observer sur les fleurs du jardin (photo : E.Barussaud, 2019)

Comme de nombreux autres insectes, les coléoptères semblent en déclin et l’époque des hannetonnages semble bien révolue. Les champs arrosés de pesticides et les boisements trop « nettoyés » de leur bois mort sont, de toute évidence, moins favorables qu’autrefois. Toutefois, une recherche attentive dans des secteurs restés un tant soit peu « naturels » (haies, prairies, lisières, jardins) permet de découvrir une diversité d’espèce insoupçonnée. La prise en compte de ces espèces commençant par une meilleure connaissance, nous proposons ci-dessous quelques liens pour se former à la reconnaissance des coléoptères :

Le Monde des insectes : un forum pour discuter avec des entomologistes de haut niveau + des galeries de photos

Les incontournables « pages entomologiques » d’André Lequet, magnifiquement rédigées et illustrées !

Quel est cet animal ? Un site pour vous aider à identifier vos trouvailles, avec plus de 100 fiches sur les coléoptères

Les Carnets Nature de Jessica, avec de magnifiques photos et des critères d’identification !


Photo à la une : Cicindèle champêtre (Cicindela campestris), photo : E.Barussaud, 2020

Espèces menacées : une question d’échelle ?

L’analyse des populations animales (effectifs, répartition) permet de mettre en évidence les espèces qui se portent bien et celles qui sont plus ou moins menacées. Des listes rouges sont ainsi établies à l’échelle mondiale, à l’échelle nationale ou encore régionale. Or, que constate-t-on ? Que le statut de conservation varie fortement selon l’échelle considérée. Explications.

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