Indice « FAR » (épisode 3) : les animaux ignorent les frontières administratives

Lorsque l’on établit une « liste rouge » d’espèces sur une entité administrative (état, région, département), on se heurte souvent à un problème de limites géographiques. En effet, la répartition d’une espèce dans un territoire est souvent hétérogène (par exemple : abondant au sud, rare au nord) si bien que le statut de conservation moyen sur l’ensemble du territoire n’a guère de sens.

Souvent aussi, une population animale se retrouve « à cheval » sur deux régions ou deux départements et l’état de conservation de l’espèce est toujours évalué de manière partielle. L’indice « FAR », que nous avons déjà présenté ici, puis testé , va permettre de s’affranchir, pour ceux qui le souhaitent, des frontières administratives.

Campagnol, lézard et libellule au banc d’essai

Nous allons ici traiter trois exemples : celui du Campagnol amphibie (Arvicola sapidus) à l’échelle nationale, celui du Lézard vivipare (Zootoca vivipara) en Pays de la Loire et enfin celui d’un odonate, la Cordulie métallique (Somatochlora metallica) en Bretagne. Rappelons avant toute chose que le calcul de l’indice FAR repose sur les cartes de répartition des espèces. Si nos calculs sont possibles, c’est donc ici grâce à un important travail de récolte de données réalisé par :

Le tour de France du Campagnol amphibie…

Le Campagnol amphibie est un petit rongeur présent dans la péninsule ibérique et dans les deux tiers de la France. Cette espèce est considérée, selon les critères de l’UICN, comme « vulnérable » à l’échelle mondiale et « quasi-menacée » en France. Les résultats de l’enquête nationale montrent une situation contrastée.

L’indice FAR et l’état de conservation correspondant pour le Campagnol amphibie dans différents territoires de France

Si l’on s’en tient aux strictes limites administratives, on obtient par exemple un indice FAR de 1,25 pour la Seine-maritime, ce qui correspond à une espèce « à surveiller » mais de seulement 0,23 pour les Landes, ce qui correspond à une espèce « menacée ».

Mais on peut aussi décider de calculer l’indice FAR pour des secteurs géographiques autres. Par exemple, on constate que l’espèce est très bien implantée dans la moitié occidentale de la Bretagne (Finistère + Morbihan ouest + Côtes d’Armor ouest). Si l’on teste l’indice FAR sur cette pointe de péninsule, on obtient un indice FAR de 4. L’espèce n’est donc pas menacée ici.

On peut aussi faire un test sur une région « géographique » et non « administrative ». Ainsi, nous avons calculé l’indice FAR pour l’ensemble situé dans les Alpes du Sud (jusqu’à la vallée du Rhône). On trouve ici un indice de 0,85, ce qui correspond à une espèce « vulnérable ».

L’indice FAR permet donc de mettre en évidence des situations contrastées. Au final, le statut d’espèce « quasi-menacée » attribué à l’échelle nationale selon les critères de l’UICN correspond bien à une synthèse entre des régions où l’espèce est abondante et largement répartie (Bretagne ouest) et d’autre, comme les Landes, où elle est rare et disséminée.

Le Lézard vivipare en Pays de la Loire

L’atlas de répartition du Lézard vivipare (2010-2018) met en évidence deux populations assez distinctes : l’une en Loire-Atlantique et l’autre au nord de la Mayenne et de la Sarthe. Si nous calculons l’indice FAR à l’échelle régionale, nous obtenons une valeur de 0,76, ce qui correspond à une espèce vulnérable.

On peut toutefois être plus précis en calculant séparément l’indice FAR des deux secteurs. On obtient ainsi 0,55 en Loire-Atlantique (= espèce vulnérable). On se rapproche ici du seuil de 0,5, en-dessous duquel on arrive dans les espèces « menacées, ce qui est peut-être malheureusement l’avenir de cette espèce dans le 44. En revanche, la situation est un peu meilleure pour le secteur « Mayenne-Sarthe » où l’indice monte à 0,86. On se rapproche ici des espèces simplement « à surveiller ».

Calculs d’indices FAR à partir de la carte de répartition du Lézard vivipare (2010-2018)

Nous avons donc gagné en précision en décomposant l’indice FAR en deux secteurs. Nous pourrions tout aussi facilement relier la population de Mayenne-Sarthe avec celle d’Ille-et-Vilaine, etc.

Lézard vivipare

La Cordulie métallique d’est en ouest

Pour ce dernier exemple, nous allons commencer par un calcul de notre indice FAR à l’échelle départementale. Nous constatons que la situation de cet odonate est bien différente entre l’Ille-et-Vilaine où l’indice est > 2 (espèce non menacée) et trois autres départements de la Bretagne historique où l’indice est compris entre 0,5 et 1 (= espèce vulnérable).

Mais nous pourrions tout aussi bien décider de séparer la Bretagne Ouest de la Bretagne Est par une ligne reliant la baie de Saint-Brieuc ou golfe du Morbihan, comme nous l’avons déjà fait pour le Campagnol amphibie (ci-dessus). Nous obtenons alors un fort contraste entre un indice FAR de 0,24 à l’ouest (espèce « menacée ») et un indice FAR de 1,45 à l’est (espèce « à surveiller »). Si enfin nous considérons les cinq départements comme formant une seule région (pourquoi pas !), nous obtenons alors un indice de 1,16 qui est, en toute logique, intermédiaire entre toutes les situations précédemment évoquées.

Conclusions

Au travers de ces trois exemples, nous avons montré que l’indice FAR pouvait s’adapter à des territoires autres que les territoires administratifs et qu’il était possible de passer rapidement d’une échelle à l’autre. Cette qualité permet à l’indice FAR de s’adapter à l’évolution de l’aire de répartition des espèces, mais aussi aux redécoupages administratifs, ce qui peut s’avérer bien utile !


Photo Lézard vivipare : Billy Lindbolm

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